Correspondance - En plein dialogue de sourds USA-monde arabe
L’évocation d’Amine el-Rihani remet les pendules à l’heure


Pour le grand écrivain libanais, 
un symposium à sa mesure : international.

WASHINGTON-Irène MOSALLI

Au moment où le dialogue entre les États-Unis et le monde arabe est si difficile à établir, l’évocation d’Amine el-Rihani vient rappeler (dans le cadre d’un symposium international qui vient de lui être consacré à Washington) que des échanges réels, productifs et positifs entre deux cultures ont été établis auparavant. Et, par conséquent, qu’ils peuvent l’être à nouveau.
Le thème du symposium, «Jeter les ponts entre l’Est et l’Ouest», est l’une des idées force du grand écrivain libanais. Elle a servi de point de départ aux interventions d’éminents conférenciers qui ont été invités à la développer. Ils venaient de l’Angleterre, de l’Australie, de la Russie, du Liban et des États-Unis. L’initiative de cette rencontre revient aux neveux et nièce de Rihani, établis aux États-Unis, et principalement à May Rihani. Elle a pu se cristalliser grâce à la coopération du prince Talal Ben Abdel Aziz, un admirateur d’Amine el-Rihani, qu’une grande amitié avait uni à son père, le roi Abdel Aziz, et qui a sponsorisé ce symposium, en collaboration avec le Amine Rihani Institute et le Center for Global Peace, de l’American University. N’ayant pu être présent à ce rendez-vous, le prince Talal avait délégué son fils Turki qui a lu le mot qu’il avait préparé.

La large couverture du « Washington Post »
Témoin de l’importance et de la portée de ce symposium, l’intérêt qu’il a suscité dans la presse américaine, notamment le Washington Post qui lui a consacré un large espace. 
L’ouverture des sessions s’est faite à plusieurs voix : celles du prince Talal Ben Abdel Aziz, d’Adonis et de James Zoghbi (à la tête d’une très active association arabo-américaine). Le message du poète Adonis (qui n’a pu être là) et qui a été lu par David Khairallah a mis l’accent sur trois points caractérisant l’œuvre de Rihani : l’universalité de la créativité, la science et la connaissance qui dépasse le nationalisme et les frontières. En d’autres termes, la nécessité de l’ouverture sur d’autres mondes, ceux auxquels en principe on n’appartient pas.
Comme on le sait, Amine el-Rihani a été le premier à aller à la découverte du monde arabe. D’où la relation qu’il avait établie avec le roi Abdel Aziz et qu’a évoquée le prince Talal dans son intervention. Il a parlé de l’ouvrage de Rihani L’Histoire du Najac et la vie d’Abdel Aziz al-Saoud. Il a aussi dit, «aujourd’hui, plus que jamais, nous devons braquer les feux sur une telle personnalité qui arrive à fédérer les cultures et qui amorce le dialogue entre les civilisations. Il est clair que nous vivons des temps difficiles où plusieurs voix se sont élevées pour clamer qu’il y a un inévitable choc des cultures. Alors que les voix capables de trouver les points communs ont été mises en sourdine».
Puis se sont succédé d’éminents spécialistes en la matière pour parler du trésor intellectuel de ce grand écrivain qui a brillamment vécu son background et celui de l’Europe et du nouveau monde. Parmi eux, Edward Saïd, Clovis Maksoud, Walter Dunnavent, Halim Barakat, Christopher Vasillopoulos, Edmond Gharreb, Henry Melki et Naji Oueijan. Ils ont développé les thèmes suivants : «Ce qui unissait Rihani à Carlyle, Emerson, Tolstoï, Thoreau et Monihan» ; «La voie de la réconciliation : l’expression de la tolérance dans la pensée de Rihani» ; «Comprendre la paix avec soi-même, les autres et entre les nations» et «L’identité arabe dans la pensée arabo-américaine».